Le groupe Hinduja — banque (IndusInd Bank), véhicules (Ashok Leyland), chimie, énergie et médias, dirigé par quatre frères que Bloomberg valorisait à 11,2 milliards de dollars — reposait sur une prémisse inhabituelle. Une lettre de 2014 signée par les quatre frères stipulait que les actifs détenus par l'un appartenaient à tous, et chacun désignait les autres comme ses exécuteurs testamentaires. En juin 2020, cette prémisse a volé en éclats devant les tribunaux : le patriarche malade S P Hinduja, 84 ans, a assigné ses frères Gopichand, Prakash et Ashok devant la High Court du Royaume-Uni au sujet de la propriété de la Hinduja Bank en Suisse, qui était inscrite à son seul nom.
Le tribunal a désigné Vinoo, la fille de S P, pour agir en son nom, tandis que son autre fille Shanu présidait la banque suisse et que son fils Karam venait d'en devenir le directeur général. Le litige portait en réalité sur la question de savoir si la lettre de 2014 liait les actifs personnels de S P à la collectivité des frères — une question qui mettait en péril les participations croisées d'un empire commercial centenaire, l'évaluation de Bloomberg de novembre 2021 qualifiant le groupe de « en danger ». Le tribunal a poussé les parties vers la médiation plutôt que vers un procès complet, et la famille a tenu les sociétés opérationnelles à l'écart du différend.
La fin est venue avec le patriarche. Srichand Hinduja est décédé à Londres le 17 mai 2023, à l'âge de 87 ans, et l'annonce de son décès par la famille a été faite conjointement — « Gopichand, Prakash, Ashok et toute la famille Hinduja... ont le regret d'annoncer le décès de notre patriarche de famille et président du groupe Hinduja ». La présidence est passée à Gopichand, et le groupe est entré dans sa cinquième génération avec une structure d'entreprise intacte — pas de scission, pas de vente, pas de dissolution publique des activités que la lettre de 2014 avait régies.
Les sociétés opérationnelles — Ashok Leyland, IndusInd Bank et les autres — sont restées sous le contrôle de la famille, et la présidence est passée à Gopichand sans scission de l'entreprise.
La médiation, ordonnée très tôt par le tribunal, a empêché que le différend familial sur les actifs personnels du patriarche ne devienne un conflit portant sur les sociétés opérationnelles elles-mêmes.
Le principe de copropriété inscrit dans la lettre de 2014 donnait à chaque partie un intérêt à maintenir l'ensemble uni — une scission aurait détruit de la valeur pour les quatre branches.
Chaque frère dirigeait des sociétés différentes dans des pays différents, de sorte que les opérations quotidiennes du groupe n'ont jamais dépendu de la résolution de la question intrafamiliale.
La génération suivante était déjà intégrée — Shanu présidant la Hinduja Bank, Karam en tant que directeur général — de sorte que la continuité ne dépendait pas de l'issue du procès.
Dans le capitalisme familial, « tout appartient à tous » ne fonctionne que tant que le patriarche peut l'imposer. Lorsque sa capacité fait défaut, la gouvernance doit passer de la confiance au contrat — ou au tribunal.
Suites
Les Hinduja sont sortis de cet épisode avec la succession réglée en faveur de Gopichand et la famille affichant publiquement son unité — contrairement à des pairs dont les différends se sont soldés par des scissions. L'épisode est devenu un avertissement classique dans les milieux des entreprises familiales indiennes au sujet des pactes oraux et des présupposés non signés : la lettre de 2014 tenait sur une page, et il a fallu trois ans de procédure à Londres pour découvrir ce qu'elle ne pouvait pas faire.
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Les sources
- Hinduja brothers battle over $11-billion family fortune in UK High Court Business Standard · business-standard.com ·
- Hinduja brothers must seek mediation to settle issues, say lawyers Business Standard · business-standard.com ·
- Hinduja Group chairman SP Hinduja dies in London at 87 The Economic Times · economictimes.indiatimes.com ·